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ALERTE DANS LES TERRITOIRES DE MASISI ET WALIKALE, PROVINCE DU NORD-KIVU/RDC

I. INTRODUCTION

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es territoires de MASISI et de WALIKALE ont souvent été le théâtre des affrontements entre les ethnies qui y habitent. Les deux guerres dites de « libération » et « d’agression » sont venues empirer la situation. Les différents gouvernements qui se sont succédés en RDC ne sont jamais arrivés à trancher le problème de nationalité et ceci a déjà causé plusieurs morts au sein des ethnies qui s’affrontent. il s’agit d’un macro problème qu’on a tendance à minimiser. Le ethnies NIANGA, HUNDE et TEMBO ( considérées comme autochtones) et les ethnies TUTSI et HUTU dont la nationalité reste jusque là non définie.

Dans ce rapport, nous parlerons des « réfugiés congolais d’expression rwandaise » rapatriés de force par le gouvernement rwandais en collaboration avec le RCD/Goma (le gouvernorat du Nord-Kivu) installés dans un camp à KAHE/KITSHANGA, environ 100 kilomètres de GOMA, chef lieu de la province du Nord-Kivu à cheval sur le territoire de MASISI et RUTSHURU.

Ce rapatriement crée des problèmes et inquiète la population du Nord-Kivu.

Nous parlerons également de la situation des populations civiles autochtones HUNDE et NIANGA qui subissent des représailles de la part des armées dites UAD (Unités d’Autodéfense et de Développement) constituées à majorité par des HUTU. Ceci est occasionné par la prise de certains villages tels que NYABIONDO, BUKOMBO, KASHO, KASHEBERE par des Maï maï que le gouvernement rwandais et le RCD identifient aux ethnies autochtones.

La situation ci-haut présentée a poussé SOPROP-Goma à organiser une mission d’investigation sur terrain pour en savoir plus. L’enquête a été menée par le chargé d’investigations de SOPROP, monsieur J. Bosco MALIYE et a connu la participation de monsieur Alfred MABUTWA, Secrétaire général du GEPDI (Groupe d’Etude pour la Promotion des Initiatives de Développement) et d’un enquêteur de l’APRODAM (Actions pour la Protection des Droits des peuples Autochtones et des Minorités).

  

 


A. LE CAMP DE TRANSIT ERIGE A KAHE

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ans des conditions critiques, les rapatriés d’expression rwandaise venus du Rwanda vivent dans un camp de transit érigé à KAHE, une agglomération située à environ 4 kilomètres de KITSHANGA dans le territoire de RUTSHURU.

Constitués d’environ 80% des TUTSI et 20% des HUTU, ces rapatriés ont reçu du RCD et plus précisément du gouverneur de la province du Nord-Kivu, monsieur Eugène SERUFULI l’autorisation d’assurer eux-mêmes la sécurité dans leur camp voire dans la cité de KITSHANGA.

Avec des armes à feu et tenues militaires dont la provenance n’est pas connue, certains d’entre eux ont constitué la force communément appelée UAD (Unités d’Autodéfense et de Développement) alors qu’ils n’ont reçu aucune formation spécifique sur la manipulation d’armes à feu ou l’idéologie militaire.

Les autochtones faisant partie des anciennes UAD à KITSHANGA sont entrain d’être sensibilisés afin qu’ils intègrent l’armée du RCD/Goma et qu’ils remettent l’uniforme UAD aux rapatriés désormais appelés à sécuriser la cité et leur camp.

A KITSHANGA, les rumeurs ne cessent de circuler comme quoi la plupart de ces rapatriés sont des militaires de l’APR et qu’ils seraient venus avec des armes à feu dans le but de poursuivre la mission de l’armée rwandaise à l’Est du Congo démocratique. Selon la même source, l’adhésion de ces rapatriés aux forces des UAD est une stratégie de  camouflage qui leur permettra de couvrir les armes qu’ils ont amenées du Rwanda, mais aussi leur permettre de ne pas être visibles dans l’ armée du RCD puisqu’il est connu par l’opinion internationale que les militaires rwandais ne sont plus en République Démocratique du Congo ; ce qui n’est pas vrai.

Au cours de cette mission, SOPROP a tout simplement remarqué que plusieurs militaires de l’APR collaborent encore avec l’armée du RCD dans les territoires de MASISI et celui de RUTSHURU alors qu’il est officiellement connu que les militaires rwandais ont cessé d’être sur le sol congolais.

A KITSHANGA par exemple, les militaires rwandais (TUTSI et quelques HUTU) constituent plus de la moitié de l’effectif y déployé.

Au cours de nos investigations nous avons eu à nous entretenir avec 4 rapatriés qui ont voulu garder l’anonymat. Ils n’ont pas hésité de nous dire qu’ils ont quitté le Rwanda contre leur gré et que certains d’entre eux avaient reçu des coups de matraques pour entrer dans les bus. Trois parmi eux nous ont déclaré qu’ils n’ont jamais été en RDC et qu’il souhaiteraient retourner au Rwanda. Dans leur camp, certains rapatriés disposant des moyens n’ont pas supporté les conditions, ils ont décidé d’aller s’installer dans la ville de GOMA et d’autres ont payé des maisons à titre locatif dans la cité de KITSHANGA. Les plus démunis constituant la grande majorité restent dans le camp où ils vivent dans des conditions déplorables.

Voulant savoir pourquoi ils préfèrent aller vivre à GOMA que de retourner au Rwanda, ils nous diront que le gouvernement rwandais ne peut jamais digérer leur retour parce qu’il le obligeait de toujours dire qu’ils sont congolais à toute personne curieuse de connaître leur nationalité. Cette sensibilisation ses faisait au Rwanda et connaissait la participation du gouverneur de la province du Nord-Kivu, Monsieur Eugène SERUFULI ont-ils déclaré. Il s’avère aussi important de signaler que le gouvernorat du Nord-Kivu avait disponibilisé certains de ses bus pour le transport de ces rapatriés du Rwanda en RDC. Le gouverneur de la province du Nord-Kivu lui-même avait accompagné le premier convoi jusqu’à l’usine de KAHE où il les avait officiellement installés le 31 août 2002.   

SOPROP reste préoccupée par les conditions déplorables que connaissent ces citoyens d’expression rwandaise. Ils ont été d’une part refoulés par le gouvernement rwandais et d’autre part mal installés en RDC alors qu’ils devaient en principe intégrer chacun son village d’origine comme tout réfugié qui retourne dans son pays.

Le fait que le Rwanda n’a pas voulu associer le HCR (Haut Commissariat pour les Réfugiés) dans l’opération de leur rapatriement confirme à un certain degré  la thèse selon laquelle ce rapatriement s’est fait d’une façon violente et obligatoire. C’est avec un cœur blessé qu’on peut arriver à accepter d’être forcement conduit dans un pays dont on ne connaît même pas la géographie ; un pays dans lequel on se heurtera à des problèmes d’adaptation sociale (langue parlée, mœurs, …). Nous pensons que c’est ce qui a amené le gouvernement rwandais à faire recours à la matraque pour réussir cette opération.

Les problèmes de langue parlée et le mariage entre mœurs ne sont pas un facteur moins important dans la vie partagée entre deux ou plusieurs peuples. C’est ça d’ailleurs le grand problème qui se pose aujourd’hui entre les nouveaux citoyens rapatriés qui ne parlent que KINYARWANDA et la population de KITSHANGA parlant SWAHILI et KIHUNDE. Il est pratiquement difficile de vivre ensemble sans langue de communication sinon cela risque d’être la source de certains différends.

Il est encore tôt pour que les réfugiés congolais qui ont fui la guerre retournent au pays, car, la guerre n’est pas encore finie. Par son agissement, le Rwanda a affiché une face non hospitalière face au peuple congolais et plus particulièrement celui d’expression rwandaise.  Nous savons bien qu’il y a tant d’autres congolais qui se sont réfugiés au Rwanda et qui continuent à y rester étant donné que leur pays est toujours en guerre. Le rapatriement des réfugiés congolais d’expressions hétérogènes serait le meilleur pour éviter la multiplicité des réflexions.

Il serait aussi important de rester sans ignorer que les réfugiés ont aussi des droits ; ils ne peuvent pas être rapatriés sans leur consentement par exemple. Le contraire risque de créer une blessure morale dont les conséquences n’ont toujours pas été faciles à gérer.

Selon les  réflexions convergentes de plusieurs personnes anonymes séparément interviewées par SOPROP dans la ville de Goma, il n’est pas impossible que le Rwanda procède à ce rapatriement pour décrocher la nationalité congolaise à une partie de ses citoyens. Il est bien connu que le Rwanda est un petit pays ne disposant pas d’espace pour bien répondre aux besoins alimentaires de sa population. Ceci constitue une menace qui risque de rendre obscur son avenir. Pour pallier cette menace, il faut à tout prix chercher des voies et moyens pour diminuer sensiblement sa population. La solution à ce problème serait de décrocher la nationalité congolaise à une partie de cette population.

D’autres sources aussi anonymes ont soulevé le projet du président rwandais, Paul KAGAME, celui d’annexer une partie du Kivu au Rwanda. Selon cette réflexion, le transfert d’une partie de la population rwandaise armée en RDC est la première phase de ce projet. La déclaration d’il y a environ  3 ans  de l’ex- président rwandais, le Pasteur  BIZIMUNGU dans laquelle il réclamait la révision du traité de Berlin a servi de cheval de bataille à ces sources d’information. Cette déclaration visait ouvertement la redéfinition des frontières entre le Rwanda et la RDC. On peut facilement croire que la RDC a déplacé ses frontières vers le Rwanda, mais est-il que ce dernier n’est pas tout simplement satisfait par la délimitation faite par le traité de Berlin. Selon les mêmes idées, le Rwanda a difficile à accepter sa pauvreté et sa petitesse alors qu’à son côté se trouve un grand pays riche pouvant facilement résoudre ses problèmes.    

  

B. UNE POLEMIQUE AUTOUR DE L’AIDE DESTINEE AUX RAPATRIES  

     CONGOLAIS D’EXPRESSION RWANDAISE A KITSHANGA

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e climat n’est pas bon entre la croix rouge de la RDC poste de Kitshanga et les autorités locales ; citons le Chef de Poste d’encadrement administratif, monsieur KAPENDA BUHIMA, le chef de la DGS (Direction Générale de Sécurité), monsieur HANGI MUHIMA Héritier, l’Administrateur territorial assistant résidant à BISHUSHA/RUTSHURU et les chefs de groupements BISHUSHA et BASHALI MOKOTO.

Monsieur Alfred MABUTWA, Président de la croix rouge locale poste de KITSHANGA a été interpellé dans la matinée de jeudi 31 octobre 2002 par monsieur KAPENDA BUHIMA, Chef de poste d’encadrement administratif pour ne l’avoir pas associé à la distribution des jetons donnant accès à l’aide alimentaire destinée aux rescapés venus du Rwanda. Plusieurs habitants de KITSHANGA nous ont témoigné que les autorités locales ont été plusieurs fois attrapées entrain de vendre ces jetons à des femmes commerçantes venues de SAKE ou de GOMA à 15, 10 ou 5 dollars américains. Ce qui fait que de fois l’aide n’atteint pas les bénéficiaires.

Pour manifester leur colère, les chefs cités supra ont décidé de suspendre  la distribution de l’aide alimentaire jeudi 31 octobre 2002 alors que l’organisation WORLD VISION procédait déjà à l’opération.

Le même jeudi, 2 jeunes garçons de la croix rouge locale venaient d’être arrêtés par l’autorité disant que ce sont eux qui ont procédé à la distribution de jetons sans l’avoir contacté. SOPROP a essayé d’intervenir pour la libération de ces garçons et le résultat a été positif vers le soir du même jour.

C. LA SITUATION SECURITAIRE DANS LA CITE DE KITSHANGA

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a direction générale des migrations, DSR en sigle, la Police Nationale et certains éléments de l’ APR au compte de l’armée du RCD/Goma étouffent la population locale à KITSHANGA. A la cité les gens n’ont pas cessé de crié les vols et les tortures qui leur sont infligées par ces services.

En effet, la population est devenue la rançon de l’autorité du RCD/Goma à KITSHANGA. Pour avoir de l’argent, il faut arrêter des innocents dans une affaire fictive. « Un animal ne peut jamais sortir d’un piège sans y avoir laissé quelques poils » disent-ils. C’est dire qu’on ne peut jamais sortir du cachot sans avoir laissé quelques billets de banque malgré son innocence.

Samedi 09 novembre 2002 à KITSHANGA par Désiré et HABIMANA, deux commandants rwandais respectivement TUTSI et HUTU, 4 jeunes garçons ont été arrêtés et conduits à la colline MUBUGU dans un cachot souterrain. Ces jeunes gens ont été accusés d’avoir abandonné l’armée du RCD alors qu’ils n’ont jamais été militaires. Leurs noms sont les suivants :

1.      MASHAMBA BYENDA âgé de 19 ans ;

2.      BALUME BUFULE ;

3.      BONANE MATATA ;

4.      DUNIA MULASHANO

Les 3 derniers ont été relâchés mardi 12 novembre 2002 après avoir payé chacun une somme de 15 dollars américains et le premier y reste encore faute d’argent. Signalons que les 2 derniers avaient tenté d’aller à la formation militaire il y a de cela une ou deux ans, mais ils auraient été retournés suite à leur état épileptique.

D. LA POPULATION EN DEBANDADE DANSLES LOCALITES DE KINYANA ET

     KAHIRA EN TERRITOIRE DE MASISI

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epuis le 14 octobre 2002, les localités de KINYANA et KAHIRA sont devenue un terrain d’activités des éléments militaires de l’APR en collaboration avec le RCD/Goma. Le motif de leur présence en ces localités est la recherche des INTERAHAMWE et des Maï maï. Déjà au courant de la dernière semaine du mois d’octobre plusieurs rescapés venus de ces localités ont été accueillis à KITSHANGA où ils nous ont témoignés avoir été victime d’une fausse accusation d’être en collaboration avec les milices Maï maï et INTERAHAMWE. Cela a occasionné pour eux des coups de fouets, viols, vols du bétail, etc. Les jeunes garçons sont quant à eux accusés comme faisant partie de ces milices ; ainsi certains d’entre eux ont été tués pour ce motif difficile à prouver.

Jeudi le 31 octobre 2002, nous avons enregistré une chaîne de 101 militaires majoritairement composée des rwandais (HUTU et TUTSI) et quelques congolais. Ils se dirigeaient vers les mêmes localités. Faut-il dire qu’ils sont allés renforcer ceux là qui les ont précédés ? Jusque là aucune suite en provenance de ce lieu seulement qu’il nous a été dit que presque toute la population a pris la destination de KITSHANGA.

Cette situation est presque généralisée sur toute l’étendue du territoire de MASISI. Plusieurs rescapés sont arrivés à Goma au cours du mois d’octobre passé, ils provenaient de MASISI, dans les localités de : NYABIONDO, BUKOMBO, KASHO, KASHEBERE et bien d’autres. Les affrontements entre les militaires du RCD et le Maï maï ont été à la base de leur déplacement selon les déclarations.      

Après le « départ » de l’armée rwandaise, les Maï maï ont tenté de retourner dans leurs villages estimant que leurs ennemis (militaires rwandais) ne sont plus en RDC. Ce retour n’a pas arrangé le RCD et le Rwanda, ce qui a fait que les militaires rwandais ont renforcer le RCD pour faire face aux forces Maï maï dans le MASISI.     


III. TERRITOIRE DE WALIKALE

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onsieur NTASIBANGA est un chef Maï maï originaire de la localité de BUSHIMOO située dans le groupement BASHALI-MOKOTO, chefferie de BASHALI, territoire de MASISI. BUSHIMOO est une localité se trouvant entre les rivières MWESO et OSSO non loin de PINGA, en position du milieu entre les villages  NKASSA, groupement KITSIMBA/territoire de WALIKALE et KATANGA, groupement IHANA/territoire de WALIKALE.

Depuis un certain temps, NTASIBANGA semble avoir noué des relations étroites entre son groupe et les G.P. (Gardes Présidentiels), des combattants rwandais qui assuraient la sécurité du feu président HABYARIMANA et qui sont en exil au Zaïre aujourd’hui Congo démocratique depuis 1994. Cette alliance confirmée par plusieurs habitants de la contrée n’arrangerait pas du tout le RCD/Goma.

Pour pallier le danger qui peut en courir, le RCD/Goma a toujours cherché des voies et moyens pour neutraliser NTASIBANGA et tout son groupe, chose qui n’est pas facile.   A plusieurs reprises des violents affrontements ont eu lieu entre les forces militaires du RCD et celles de NTASIBANGA et la population civile en a toujours été la victime première. Etant donné que NTASIBANGA est un HUNDE, il fallait à tout prix passer par des personnes qui ne sont pas de sa  tribu pour le combattre.

C’est ainsi que le RCD/Goma à travers le gouverneur de la province du Nord-Kivu, monsieur Eugène SERUFULI fera recours à des hommes armés de la communauté NIANGA pour tenté de détruire son ennemi juré. Ces hommes sont les suivants :

1.      Monsieur Jean Pierre KIBONGE : homme du RCD, chef d’un grand groupe d’UAD (Unités d’Autodéfense et de Développement). Il est originaire du territoire de WALIKALE ;

2.      Monsieur SHEKASIKIRA : originaire du groupement IHANA, territoire de Walikale. Il est  chef d’une milice Maï maï ;

3.      Monsieur USHINDI : commandant d’un groupe Maï maï, originaire du groupement IKOBO, territoire de WALIKALE. Son village est voisin au territoire de LUBERO.

Ce dernier et son groupe ont semé beaucoup de désolations dans le territoire de LUBERO et plus précisément dans la localité de BUNYATENGE où la population a été obligée de se déplacer. Il est cité à la première page de notre dernier rapport intitulé « Les abus et violations des droits de l’homme au Nord-Kivu/RDC » publication juillet-septembre 2002.

Ces 3 hommes ci-haut cités et leurs groupes seront utilisés par le RCD/Goma qui les aurait accordé armes et munitions pour combattre NTASIBANGA et ses alliées, brûler, piller et mettre à sang son village d’origine qui est BUSHIMOO.

C’est ainsi que ces groupes sont descendus sur BUSHIMOO commandés par Jean Pierre KIBONGE samedi 02 novembre 2002.

Plusieurs morts, plusieurs biens pillés et le village incendié selon la déclaration des rescapés que nous avons rencontrés à KITSHANGA. Jusqu’à aujourd’hui nous ne connaissons pas encore le nombre de personnes mortes ; seulement qu’à KITSHANGA certaines familles rescapées nous ont déclaré avoir perdu 1,2,3 ou 4 membres lors de cette attaque.

En brousse, NTASIBANGA apprendra quelques heures plus tard ce qui vient de se passer dans son village. Il mobilisera son groupe et tous ses alliés G.P. (Gardes Présidentiels) pour aller s’affronter aux les 3 groupes chapeautés par Jean Pierre KIBONGE.

A KITSHANGA un témoin du nom de MULANDO nous a déclaré avoir vu plusieurs cadavres à BUSHIMOO après ces affrontements. Certains d’entre eux feraient partie de l’un ou de l’autre groupe au conflit.

NTASIBANGA et son équipe ont brûlé à leur tour plusieurs villages exclusivement habités par les NIANGA comme signe de représailles le 03 novembre 2002. Ces villages sont les suivants : NKASSA, KATANGA, KAIRENGE et MUKAKA situés respectivement dans les groupements KITSIMBA et IHANA en territoire de WALIKALE.

Selon NTASIBANGA et son groupe, ce sont les NIANGA qui ont comploté contre les HUNDE. Voilà maintenant des conflits qui éclatent entre les communautés HUNDE et NIANGA sous la barbe du RCD/Goma.

Nous venons d’apprendre d’une source anonyme que le gouverneur de la province du Nord-Kivu, monsieur Eugène SERUFULI s’est rendu jeudi 07 novembre 2002 à KAXUGHA, une localité située non loin du lieu où s’est passé le drame.        Et là il a eu à se rencontrer avec monsieur Jean Pierre KIBONGE qu’il a présenté à la population comme « homme fort » à qui tout le monde doit honneur. Selon la même source, le gouverneur a par la suite invité les jeunes Hutu à intégrer l’armée du RCD pour leur protection contre les forces de NTASIBANGA.

Jean Pierre KIBONGE réside actuellement à KALONGE chez monsieur KIBIRA BIANDJA, chef de localité N’SUKA, groupement KITSIMBA, territoire de WALIKALE.

Signalons que KIBIRA est l’un des signataires d’une lettre dénonçant la préparation de l’extermination des autochtones dans les localités d’IHULA, de KITOBO, de N’SUKA et de MULEMA toutes de WALIKALE. Cette extermination serait préparée par la communauté HUTU à travers les UAD qui sont majoritairement composées des jeunes HUTU armés par le RCD/Goma.

Cette lettre dont une copie en annexe du présent rapport a été adressée à monsieur le notable KAMALA PILIPILI, Représentant du groupement KITSIMBA dans la communauté NIANGA de Goma et une copie réservée au gouverneur du Nord-Kivu. Elle a été signée par 3 chefs des localités qui suivent :

1.      Monsieur KITSA NYAKIRYA, chef de localité MULEMA ;

2.      Monsieur PALUKU MUMBIRI, chef de localité KITOBO ;

3.      Monsieur Célestin KIBIRA BIANDJA, chef de localité N’SUKA.

Monsieur MWENDAPOLE BAFAKURERA de la communauté HUTU est un dirigeant d’un groupe d’UAD. Celui-ci se serait venté de ce plan de « génocide » lui confié par la hiérarchie de la communauté HUTU dans un rassemblement populaire à KITOBO/WALIKALE jeudi le 17 octobre 2002 où son groupe a déjà réussi à chasser 350 autochtones. 

Alors qu’il est appelé à créer l’harmonie entre les ethnies, le RDC/Goma croise les bras face à cette série de problèmes qui risquent de déchirer davantage les populations du Nord-Kivu. Sans craindre les contradictions, nous pensons que si réellement le RCD/Goma avait une main propre dans cette affaire, il aurait dû résoudre toutes ces incompréhensions au profit d’un intérêt collectif.

Les habitants de toutes ces localités affectées errent actuellement dans la nature sans savoir où reposer leurs têtes alors qu’ils ont droit à la protection. Plusieurs d’entre eux ont perdu leurs membres de famille, leurs maisons, leurs parents ; ils ont perdu aujourd’hui le goût de la vie.

Faut-il encore soulever le problème des soins médicaux qui est maintenant un casse-tête pour toutes ces vies humaines contraintes aujourd’hui de vivre dans la brousse comme des animaux.

A KITSHANGA environ 300 rescapés venus de WALIKALE ont été enregistrés par la croix rouge de la République Démocratique du Congo, poste de KITSHANGA au début du mois de novembre 2002. Aujourd’hui leur nombre a sensiblement augmenté suite aux problèmes qui ne cessent de s’accentuer dans leurs villages.

La même institution de croix rouge nous a encore signalé la présence d’autres rescapés dans beaucoup de villages, notamment MWESO, KAXUGHA, BURUNGU, SAKE et dans la ville de Goma.

L’autorité du RCD/Goma devrait en principe mettre sur pied des dispositions particulières pour les habitants de KITSHANGA qui sont inondés par des milliers de rapatriés d’expression rwandaise et ensuite par les rescapés de WALIKALE. A notre avis la production agricole de cette cité n’est pas du tout suffisante pour pouvoir répondre au besoin alimentaire d’un si grand nombre de personnes. Les structures sanitaires restent aussi un problème d’ordre majeur auquel les réflexions doivent en principe tourner pour prévenir toutes sortes d’épidémies qui peuvent surgir. 


IV. RECOMMANDATIONS

A. AU GOUVERNEMENT DU RWANDA

-         Renoncer à l’hostilité et respecter les droits des citoyens congolais ;     

-         Retirer ses militaires du sol congolais d’une façon claire et décisive ;

-         Entretenir les bonnes relations avec tous les pays limitrophes pour une paix durable dans la région des Grands Lacs ;

-         Respecter les droits des réfugiés et toujours faire recours au HCR avant de procéder à leur rapatriement.

B. A L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (ONU)

-         De s’impliquer d’une façon effective dans le dossier de la RDC pour que la guerre finisse ;

-         Exercer une pression sur toutes les forces vives de la RDC (gouvernement, opposition armée et opposition non armée) pour qu’ils parviennent à trouver une solution durable pour le rétablissement de la paix sur toute l’étendue du pays.

C. AU HAUT COMMISSARIAT POUR LE REFUGIES (HCR)

-         Créer une commission d’enquête pour voir les conditions dans lesquelles ont été rapatriés les réfugiés congolais dit d’expression rwandaise ;

-         Apporter une assistance alimentaire aux réfugiés d’expression rwandaise installés à KAHE/KITSHANGA, dans le territoire de MASISI et aussi à la population de KITSHANGA aujourd’hui étouffée par des milliers de rescapés venus de tous les coins de MASISI et de WALIKALE.     

V. CONCLUSION

La politique rwandaise n’est pas du tout favorable au peuple congolais.  Le rétablissement d’une paix durable en RDC et les relations d’un bon voisinage  avec tous les pays limitrophes restent le souci majeur des citoyens congolais.

Les populations villageoises de MASISI et WALIKALE ont été depuis des années victimes de la mauvaise politique du Rwanda en complicité avec le RCD/Goma. Jusque à aujourd’hui, ces populations sont entrain d’être malmenées alors qu’elles ont aussi droits à la stabilité comme tous les peuples du monde.         Des enfants, des femmes et des vieillards au bout de leur résistance aux intempéries ne cessent de succomber dans la forêt où ils sont contraints de vivre évitant la cruauté des hommes armés qui les confondent aux Maï maï et/ou INTERAHAMWE.

Il est temps de renoncer à la politique qui vise à réduire son semblable en poussière. Eliminer un humain comme soi ou le rendre une vie difficile n’est pas synonyme d’être heureux. Le respect des droits de l’homme est un idéal qu’il faut chercher à atteindre pour un meilleur avenir du monde.